Elle finit de se préparer, enfila une veste et descendit dans la
rue, jusqu'à un abri-bus désert. Elle consulta sa montre : le bus
arriverait dans une demi douzaine de minutes. Elle souffla sur ses
doigts endoloris pour les réchauffer, son haleine s'envolant dans
un nuage de buée dans l'atmosphère glacée de l'aube. Un crissement
de pneu retentit au coin de la rue, et le bus arriva dans une gerbe
de neige ; Valhya y grimpa, valida son titre de transport comme le
lui demandait un panneau placardé à coté du chauffeur, et se cala
confortablement dans un des sièges du véhicule presque
désert.
Le bus la déposa
quelques dizaines de minutes plus tard devant un bâtiment à la
façade décorée d'une grande inscription en lettres gothiques :
«Centre Malesherbes, Université Paris-Sorbonne Paris
IV ».
La jeune femme sortit du véhicule, et entra d'un pas traînant dans
la cour de son université. Quelques étudiants s'y
assemblaient en petits groupes, écrasant un mégot dans les
cendriers disposés ça et là, commentant les derniers cours
magistraux, imitant les tics agaçants de certains de leurs chargés
de TD.


Moins courageuse
que ses congénères, Valhya se glissa dans le hall bien chauffé de
l'établissement, jeta un oeil au panneau d'affichage de son UFR et
remarqua enfin un petit groupe qui discutait bruyamment, sans tenir
compte des regards courroucés du concierge. La jeune fille se hâta
d'aller les saluer, un grand sourire au lèvres ravivant l'éclat de
son visage encore engourdi par le sommeil.
« Salut
tout le monde ! Comment vont mes étudiants préférés
? »
Viviane, une grande rousse au teint halé qui lui faisait office de
meilleure amie s'empressa de lui donner une grande claque dans le
dos en guise de salut, déclarant avec humour qu'elle n'avait que
dix minutes de retard sur son retard quotidien.
Morgane, une jolie métisse à l'allure
soignée et au sourire timide se tenait à ses cotés, babillant
joyeusement à propos de la jupe qu'elle venait de s'acheter, finit
par s'arrêter de parler pour lui faire la bise, laissant bientôt sa
place à Tristan, fier représentant de la minorité masculine de la
faculté de Lettres Modernes.
Assez petit, roux, affublé de lunettes
et de tâches de rousseurs, il pouvait aussi bien se montrer
agréable qu'exaspérant, ne pouvant s'empêcher de ramener sans cesse
ses amies sur terre lorsqu'elles discutaient de leurs rêves et de
leurs projets d'avenir. Projets d'avenir qui se limitaient pour
l'instant à aller en cours de Grammaire et sémantique, puis à
manger, et peut-être sortir après les derniers cours de la
journée.