
Dans l'après midi, Adelheid vint la chercher dans la bibliothèque où elle s'était réfugiée en attendant l'heure où on ferait d'elle une caïnite. Elle savait qu'on l'emmènerait dans un laboratoire où devrait avoir lieu l'opération – elle n'avait pu s'empêcher d'imaginer une sombre crypte où Emeric lui aurait sensuellement percé la jugulaire de ses deux crocs acérés, et l'idée du laboratoire l'avait un peu refroidie. Mais Acrius lui avait expliqué qu'ils devaient être prudents, puisqu'elle était l'unique descendante biologique de deux caïnites – une première pour leur espèce. De plus, ils allaient lui injecter le sérum en même temps que le sang de son donneur, et cette opération nécessitait un certain nombre de matériel.
Adelheid lui adressa un petit sourire que Valhya s'efforça de lui rendre, et l'entraîna jusqu'à une voiture noire qui l'attendait au pied du château.
Le véhicule s'arrêta une demi-heure plus tard devant un immeuble du vieux Paris, surmonté de l'inscription « Coecaedes » en lettres rouge sang et d'un caducée argent qui étincelait dans le soleil de l'après midi. Adelheid fit signe à Valhya de la suivre et la mena jusqu'au sous sol du bâtiment.

Elles arrivèrent dans un petite pièce lambrissée de bois sombre, dont l'ameublement résolument ancien formait un étrange contraste avec le carrelage d'un blanc étincelant et les outils de haute technologie disséminés pour garantir la sécurité du lieu. Un homme en blouse blanche assis derrière un des ordinateurs de pointe leur fit signe de passer la grande porte en double vitrage qui leur faisait face, et rassura d'un geste de la main un des hommes de la sécurité de l'immeuble qui aurait voulu les contrôler auparavant.

Les deux jeunes femmes pénétrèrent dans une grande salle aux
murs et au sol recouverts de grands carreaux blancs où s'activaient
une demi douzaine de scientifiques en blouses blanches. Tout au
fond trônait une magnifique bibliothèque de chêne massif qui
détonnait avec le reste de la pièce ; à côté, Valhya aperçu deux
tables d'acier recouvertes d'un drap vert découvrant à peine deux
paires de pieds soigneusement étiquetés. Elle frissonna et détourna
le regard vers une cabine vitrée, à l'opposé, dans laquelle étaient
alignés d'étranges sarcophages de métal couverts de boutons et de
cadrans en tous genre. Dans l'entrée, un laboratoire plus
conventionnel avait été aménagé, avec un amas de verrerie en tout
genre – erlenmeyer, ballons, tubes à essais et bechers
s'amoncelaient dans les coins de paillasses.
Une très jeune femme s'affairait derrière un microscope puissant, jetant un oeil dans la lentille avant de reporter ses observations sur un calepin. Quand elle les aperçus, elle rangea la lamelle qu'elle était en train d'étudier et fit signe à un de ses collègues de la rejoindre.

Quand Valhya se trouva pour la première fois face au docteur Kaegg, elle eu l'impression de parler à un fantôme. Tout en lui était transparent, comme si travailler dans un sous sol lui avait fait perdre toute couleur. Ses yeux pâles tranchaient mal sur sa peau, qui, loin du teint de porcelaine de la plupart des autres caïnites, paraissait presque grise et disparaissait sous une longue chevelure d'un blond délavé tout aussi évanescent. Seules ses lèvres apparaissaient sur son visage ; d'un rouge prononcé, elles s'entrouvraient à peine quand il parlait, découvrant le bout de deux canines aiguisées. Le spectre esquissa un rictus sensé passer pour un sourire, et leur serra la main.









Koelia
mer 18 fév 2009 21:17