
Valhya se recroquevilla derrière la benne qui lui servait
d'écran, et fit signe à Guillaume de l'imiter. Ils retinrent leur
respiration, ne sachant si la situation était aussi grave que ce
qu'il semblait. Finalement, l'homme aux cheveux bouclés quitta la
ruelle, sans voir les deux jeunes étudiants toujours cachés
derrière leur poubelle. Ils attendirent encore quelques instants et
finirent par s'approcher de la jeune femme toujours étendue dans le
cul de sac. Il ne leur fallut que quelques secondes pour se rendre
compte qu'elle était bel et bien morte.
Ils se regardèrent,
ébahis.

« Il
faudrait peut-être appeler les secours, ou la police, non
? » Osa enfin déclarer Guillaume. Valhya
acquiesça silencieusement. Le jeune homme s'exécuta, tandis que sa
compagne était allé prévenir ses amis qu'elle ne rentrerait pas
avec eux, sans entrer dans les détails. Convaincus que Valhya avait
décidé de se réconcilier avec son ex petit ami, ils ne posèrent
aucun question et rentrèrent chez eux. Lorsque la jeune fille
revint dans la ruelle, Guillaume tremblait encore.
« On a eu
de la chance qu'il ne nous voit pas, pas vrai, Val
?- Oui... mais j'aurai pourtant
juré...
- Quoi ?
- Je ne sais pas, je croyais l'avoir vu se retourner en partant.
J'ai du rêver. »
Guillaume eût un
petit rire nerveux ; il tenta vainement de relancer la
conversation, mais son amie restait muette, plongée dans ses
pensées. Une jeune femme en bonne santé, près du centre Pompidou...
Une coïncidence ? Elle frissonna en se disant qu'elle avait été
près d'y passer, elle aussi.

La police arriva
peu de temps après ; un agent vérifia leur identité, releva leurs
adresses, et leur proposa de passer au commissariat le lendemain, à
tête reposée. Valhya refusa, expliquant qu'elle voulait se
débarrasser au plus vite de cette sinistre affaire. L'agent
comprit, et lui fit signer une déposition, tout en ajoutant que
c'était plus « pour la forme » qu'autre chose, la police
étant persuadée d'être encore une fois confrontée au même meurtrier
– ou groupe de meurtrier – qui ne devait sûrement pas
compter de jeune femme comme elle dans ses rangs.
Quand on la laissa
enfin repartir, il était plus de deux heures du matin.