
Valhya sursauta,
mais ne bougea pas, persuadée qu'elle avait été victime d'une
hallucination auditive. Il ne pouvait pas l'avoir vue, et encore
moins connaître son nom.
« Serais-tu sourde, ou ne parles tu pas français
? »
La jeune femme
ouvrit la bouche sans qu'aucun son ne puisse en sortir ;
finalement, elle poussa tout à fait la porte et entra d'un pas mal
assuré dans la chambre de bonne. Elle retint une grimace en
s'approchant du corps de Xisca, mais tint bon et se planta devant
l'homme sans oser le regarder.
« Co...
comment connaissez-vous mon nom ?
- Je sais beaucoup de choses. C'est pour toi que je suis ici
– et lui aussi, d'ailleurs.
- Pour moi ?
- Oui. Tu es quelqu'un de très important dans le... dans la société
qui m'emploie.
- Quelle société ?
- Coecaedes. C'est, entre autre, un laboratoire pharmaceutique très
important.
- Je n'ai rien à voir avec un laboratoire pharmaceutique qui vient
assassiner ma voisine. »
La jeune femme fût
elle même surprise par l'aplomb avec lequel elle parlait avec cette
homme ; mais fichue pour fichue, autant finir sa vie avec
bravoure.
"Je n'ai pas
assassiné ta voisine. C'est cet abruti de Raise, un membre d'une
société concurrente, qui est responsable de sa mort, crois moi.
Moi, tout ce que je souhaitais, c'est te rencontrer. Mais j'ai dû
tenter d'intervenir pour empêcher le meurtre de cette malheureuse.
C'était une de tes amies ?"

- Pas vraiment, éluda Valhya. Mais il faut appeler la
police...
- Pas moi. Comme tu le comprendras aisément, mon employeur préfère
que mon rôle dans tout cela reste secret.
- Mais qu'est-ce que vous me voulez, au juste ?
S'impatienta Valhya.
- Que tu viennes avec nous. Nous pouvons te former, te
donner quelque chose que tu n'aurai jamais imaginé dans tes rêves
les plus fous.
- Quoi ?
- L'immortalité, Valhya. L'immortalité.
- Vous êtes fou.
- Parce que je te propose ce que personne d'autre n'aurait pu
t'offrir ?
- L'immortalité n'existe pas.
- Chez les humains, non. Mais chez nous...
- Quoi, vous allez me dire que vous n'êtes pas humain
? répliqua-t-elle avec incrédulité.
- Non, je ne suis plus humain depuis quelques
siècles.
- Qu'êtes vous, alors ? Demanda Valhya avec un franc
dédain.

Un sourire étrange
se forma sur les lèvres d'Emeric qui découvrirent une rangée de
dents blanches, étincelantes ; Valhya ne put manquer d'apercevoir
les deux canines saillantes, aiguisées, qui sortaient de la
mâchoire de l'homme.
- Mais...
- Un vampire, oui, Valhya. Un cainite, plus exactement. Les
vampires ne sont que des monstres dégénérés. Mais nous,
Valhya... nous avons tout ! Le pouvoir, le raffinement... et
l'immortalité.
- Je ne vous crois pas.
- A ta guise, jeune fille. Voilà ma carte, au cas où tu changerai
d'avis.
- Quoi, c'est tout ? S'étonna la jeune
femme.
- Bien sûr, à quoi t'attendais-tu ?
- Je ne sais pas. Pas à ça.
- Et bien tu te trompais. Je ne souhaite pas te faire de mal,
Valhya, ni te forcer à suivre une voie qui ne te parais pas la
bonne... mais tu pourrais avoir besoin un jour de notre aide.
N'oublies pas que malgré ton choix, tu restes des notres. Mais
attends, tu es toute pâle, je vais te servir un
verre...
->(Quoi,
vous ne les voyez pas ses jolies quenottes de cainite ? Elles sont
pourtant bien en évidence, quelque part... dans le bazar de mes
téléchargements, perdues loiiiin de là...)<-

Il saisit la
bouteille de cognac posée sur la table d'appoint et en versa dans
un verre à moutarde vide ; Valhya y jeta un regard hésitant puis
but le liquide à petites gorgées. L'alcool lui monta à la tête, et
elle dût s'asseoir un court instant sur une banquette en bois ;
elle s'agrippa aux bords du siège et respira une grande lampée
d'air.
- Ca va mieux,
maintenant ?
- Oui, merci.
- Bien. Je vais y aller. Tu ferais sûrement mieux d'appeler la
police, dès que je serai parti, sans quoi, on risquerait de te
suspecter, déclara-t-il avec un regard
étrange.
Valhya acquiesça
silencieusement, ne trouvant rien à ajouter. Elle regarda Emeric
s'évanouir dans l'ombre du couloir, puis se ressaisit ; elle
retourna à l'appartement et composa le numéro du poste de police le
plus proche.