Accueil Date de création : 01/10/08 Dernière mise à jour : 17/02/09 13:41 / 68 articles publiés
 

*026*  posté le dimanche 14 décembre 2008 22:55

Marc Laurence entra dans son appartement où l'attendait Sylvie avec impatience ; la jeune femme l'accueillit le sourire aux lèvres, et s'empara de son manteau pour le mettre sur un cintre avant qu'il ait eu le temps de lui dire bonjour.

- Bonsoir mon chéri ! J'ai préparé ton dîner, il est dans le four. Poulet rôti et purée maison. Tu vas te régaler.
- Merci, Sylvie, mais ce n'était vraiment pas la peine, tu sais...
- Mais si, voyons. Tu dois être exténué. Viens par là.

Marc s'assit lourdement sur la chaise de la cuisine que sa petite amie lui indiquait, et entama sans appétit une cuisse de poulet tandis que la jeune femme babillait joyeusement. Il la contempla pensivement ; Sylvie était certainement très belle, avec ses longs cheveux blonds, ses beaux yeux bleus, ses pommettes hautes... mais elle lui paraissait soudainement creuse, fade, comparée à la sombre Valhya. L'inspecteur secoua nerveusement sa tête. Le commissaire avait raison : voilà qu'il se laissait monter la tête par une paire de beaux yeux. Il ne devait voir que le coté professionnel de l'affaire. Il avait lui même une belle femme avec qui passer le reste de ses jours, il ne devait pas l'oublier.

Le reste de ses jours... il regarda de nouveau Sylvie avec un certain dégoût. Elle parlait maintenant des propos tenus par la directrice artistique d'un défilé auquel elle devait participer, lui reprochant son manque de goût quand au choix du décor qui s'assortirait très mal avec la couleur de ses cheveux. La jeune mannequin lui parût soudainement beaucoup moins belle. Il la coupa sèchement :


- Ecoute, Sylvie, j'ai eu une dure journée. J'aimerai être seul, maintenant, si ça ne t'embête pas. On pourra se voir un autre soir...
- Mais...
protesta-t-elle, interloquée. On devait aller au cinéma, tu te souviens ?
- On ira plus tard,
répondit Marc plus calmement. Je me sens vraiment mal.
- Mon pauvre chéri... tu as besoin de quelque chose ?
- Oui, de solitude. S'il te plait, Sylvie...
- Très bien, comme tu voudras,
répliqua la jeune femme avec un air pincé. On se voit demain pour le défilé ?
- C'était demain ? Sissi, j'ai énormément de travail en ce moment à la PJ...
- Tu avais promis !
- Je crois qu'un serial killer a plus d'importance qu'une bande de filles en talons défilant sur un podium.
- Marc !
- Non, vraiment, je suis désolé, mais ça ne va pas être possible. Pour le prochain, si tu veux...
- Je porte la robe de mariée, demain.
- C'est merveilleux pour toi, ma chérie.
- Oui, c'est sûr, parce que si je ne la porte pas sur un podium, ce n'est pas demain la veille que tu me demanderas d'en mettre une !

 

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*027*  posté le dimanche 14 décembre 2008 22:56


Sylvie pivota sur ses talons aiguilles et sortit en claquant la porte, faisant trembler les murs de l'appartement du policier. Marc soupira, se massa les tempes pour faire passer un début de migraine, et termina rapidement son repas.

 

Il s'installa confortablement dans un des gros canapés du salon et déplia son portable sur ses genoux, consultant machinalement des dossiers qu'il avait lu des centaines de fois, sans y prêter attention. Une image restait incrustée sur sa rétine, occultant les lignes d'écriture qu'il avait sous les yeux : Valhya, enfoncée dans son fauteuil de la PJ, une moue enjouée sur son visage, répétant pour la dixième fois de la journée sa version des faits.

Il sourit inconsciemment, et se demanda ce qui chez elle pouvait produire cet effet sur lui ; certes, elle était belle, mais Sylvie aussi. Sans doute son caractère... ou alors une conviction profonde qu'elle avait dit la vérité le jour même, en criant des absurdités à propos de vampires.

Mais c'était tout bonnement impossible... pourtant, elle avait eu l'air sincère. Bien plus que d'habitude. Si ce qu'elle disait n'était pas la réalité, elle en était du moins convaincu, il en était certain. Folle, alors ? Non, elle semblait avoir toute sa raison.

 

De toute manière, le commissaire était décidé à l'avoir ; cette affaire de serial killer traînait depuis trop longtemps, et il avait sous les yeux la coupable idéale. De plus, la gamine ne risquait pas grand chose : jolie, franche, elle plairait aux jurés qui ne la condamneraient pas trop sévèrement. Ils trancheraient probablement en faveur de la folie, pour lui éviter la perpétuité. Et elle finirait dans un asile où elle passerait ses journées à répéter qu'elle n'était pas une cinglée, jusqu'à ce que les conditions de détentions lui fassent réellement perdre la raison.

Il prit sa tête entre ses mains et se sermonna mentalement : il laissait vagabonder son imagination, sans aucune raison. La petite Cedurna s'en tirerait si elle était innocente, sinon, ce qui lui arriverait serait tout à fait justifié.

Il referma son ordinateur et alluma la télé devant laquelle il s'endormit bientôt, exténué.

 

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*028*  posté le lundi 15 décembre 2008 23:52

Un homme vêtu de noir entra dans la PJ, sans accorder un regard à la standardiste qui tenta de le faire patienter dans le hall. Il se dirigea directement vers le bureau du Commissaire, qui bondit en voyant l'étranger entrer. Il hésita un moment et tira finalement une arme d'un des tiroirs de son bureau, la pointant sur l'homme aux cheveux longs.
- Qui vous a permis d'entrer ici ?
- Je n'ai besoin d'aucune permission pour me rendre ou je veux. Et posez cette arme, vous êtes ridicule, je ne vous veux aucun mal.
- Sortez de mon bureau.
- J'ai des révélations à vous faire...

Deux policiers en uniforme entrèrent et saisirent l'inconnu par les épaules ; il se dégagea sans aucun effort, et continua :

- A propos de l'affaire Cedurna. Je peux vous apporter de nouveaux éléments qui seront probablement déterminants pour le dénouement.

 

Le commissaire hésita, puis renvoya ses hommes d'un geste de la main. Il posa le revolver, mais garda sa main dessus – on était jamais trop prudent. L'homme s'assit sans attendre que le commissaire le lui propose, ses doigts d'une pâleur extrême entrelacés sur ses genoux croisés.

 


- Vous avez fait le bon choix, commissaire.
- Ca, c'est à moi d'en décider. Qu'avez vous à me dire ?
- Vous voulez coincer la petite Cedurna, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Je veux dire... qu'importe sa culpabilité ?

 

Le commissaire s'enferma dans un silence gêné qu'il finit par rompre d'une voix hésitante :

 

 

- Je... il me faut un coupable. Cela fait trop longtemps que cette affaire traîne. Ce n'est pas que Mademoiselle Cedurna me soit désagréable, mais...
- Nous nous comprenons. Je peux vous fournir une... une preuve de sa culpabilité.
- Vraiment ?
Bondit le commissaire. Quel genre de preuve ?
- Un témoignage. Un vieil homme, le concierge de l'immeuble où la jeune personne vit, était éveillé la nuit de la mort de Sànchez, et a tout vu.
- Merveilleux. Il n'est ni sourd, ni aveugle ?
- Il boite un peu, c'est là son seul handicap. Il ne boit pas, et la propriétaire de l'immeuble à toute confiance en lui.
- Parfait ! Mais... il a vraiment vu la gamine ?

Le regard de l'inconnu étincela :

- Qu'importe qu'il l'ait vue ou non, du moment qu'il est lui même persuadé ?

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*029*  posté le jeudi 18 décembre 2008 11:49

Valhya posa triomphalement devant elle un brelan d'as et attira à elle une pile de jetons colorés, sous le regard agacé d'Etienne et Laura qui contemplaient avec déception leurs propres cartes. Tristan leva la tête de son livre en entendant le grognement mécontent de Viviane, et demanda avec amusement s'ils n'en avaient pas assez de jouer des billets de monopoly, faute de véritable argent.



- Bof. De toute manière, c'est nul, le poker. On pourrait se faire un loup garou !
- Un loup garou ? Mais tu as quel age, Viviane ?
- Bah quoi ? C'est cool, le loup garou !
- On est pas assez nombreux
, objecta Morgane, émergeant à son tour d'un livre de grammaire.
- On peut toujours inviter le pote flic de Valhya, plaisanta Laura. Je suis sûre que ça le changerait un peu de la traque des criminels.
- Lequel ? L'inspecteur machin-chose ou son ange gardien qui n'a toujours pas bougé du devant de la boutique de chaussures depuis tout à l'heure ?
- Tiens, il est parti, d'ailleurs,
s'étonna Laura en jetant un oeil par la fenêtre. Il devait commencer à se les cailler...
- Ca doit être ça
, acquiesça Etienne avec un air inquiet sur le visage ; mais il n'ajouta rien et laissa la discussion sur le loup garou se poursuivre.


Les affaires criminelles de Valhya étaient devenues un sujet de plaisanterie récurrent ; tous étaient réellement anxieux, mais préféraient ne pas le montrer à la jeune femme. Tous avaient été interrogés par la police et avaient refusé d'aller dans le sens du commissaire, jurant sur leur propre vie que Valhya n'avait strictement rien fait, et que de toute manière, elle était avec eux au cinéma lors du premier crime. De sorte que la situation n'empirait pas, mais elle ne s'améliorait pas non plus.

Finalement, la petite bande d'amis choisit de regarder un DVD, et ils passèrent la soirée devant le Seigneur des Anneaux, à tenter d'étouffer sous les coussins du canapé Viviane et Valhya qui récitaient les répliques par coeur.

Lorsque le film fût terminé, Valhya déclara avoir envie de se dégourdir les jambes, et Tristan, Morgane et Laura se décidèrent à la suivre malgré le froid.

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*030*  posté le jeudi 18 décembre 2008 13:36



La neige n'avait toujours pas fondu, et ils tentèrent de se frayer un chemin jusqu'aux balançoires du petit square qui avait germé au milieu des immeubles parisiens. Il était désert à cette heure avancée de la nuit, et personne ne vint les déranger.

- Sérieusement, Valhya, ça ne t'inquiètes pas cette histoire, s'enquit finalement Tristan. Je veux dire, pour peu qu'ils trouvent un semblant de preuve, ce commissaire se fera une joie de te coffrer, et tu ne pourras rien prouver tu tout.
- Je sais, répondit gravement la jeune femme. Mais je ne pense pas pouvoir faire quoique ce soit : je leur ai dit la vérité, à eux de se débrouiller avec.
- Soyons sérieux, Tristan, qui pourrait croire en la culpabilité de Val' ?
- Pas moi, en tout cas,
approuva le rouquin.

Ils changèrent rapidement de sujet, voyant la mine inquiète de leur amie qui fixait ses pieds ; près d'une demie heure plus tard, ils n'avaient pas bougé, et commençaient à sentir leurs pieds se changer en glace.


 



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Ils décidèrent de se replier vers l'appartement de Valhya, quand le téléphone de celle ci sonna.

- Allô ?
- Maman ?
Répondit une voix masculine que Valhya identifia comme celle d'Etienne.
- Heu... non, Etienne, c'est Valhya !
- Moi aussi je suis content de t'avoir au téléphone. Si tu savais ce qui se passe à l'appartement !
- E... Etienne ?
- Oui, je vais tout te raconter. Figure toi que ma colocataire, Valhya, est en fait une criminelle ! Mais oui, puisque je te le dis ! La police est en ce moment même à coté de moi, ils l'attendent pour l'arrêter, visiblement ils ont une preuve, un mandat, je ne sais pas trop...
- Ok. Merci, Etienne, je prend ça en note... embrasse Laura et Morgane de ma part.
- Oui, bisous, maman, moi aussi je t'aime. Prends soin de toi !

 

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