Marc Laurence entra dans son appartement où l'attendait Sylvie avec impatience ; la jeune femme l'accueillit le sourire aux lèvres, et s'empara de son manteau pour le mettre sur un cintre avant qu'il ait eu le temps de lui dire bonjour.
- Bonsoir mon chéri ! J'ai préparé ton dîner, il est dans
le four. Poulet rôti et purée maison. Tu vas te régaler.
- Merci, Sylvie, mais ce n'était vraiment pas la peine, tu
sais...
- Mais si, voyons. Tu dois être exténué. Viens par là.
Marc s'assit lourdement sur la chaise de la cuisine que sa
petite amie lui indiquait, et entama sans appétit une cuisse de
poulet tandis que la jeune femme babillait joyeusement. Il la
contempla pensivement ; Sylvie était certainement très belle, avec
ses longs cheveux blonds, ses beaux yeux bleus, ses pommettes
hautes... mais elle lui paraissait soudainement creuse, fade,
comparée à la sombre Valhya. L'inspecteur secoua nerveusement sa
tête. Le commissaire avait raison : voilà qu'il se laissait monter
la tête par une paire de beaux yeux. Il ne devait voir que le coté
professionnel de l'affaire. Il avait lui même une belle femme avec
qui passer le reste de ses jours, il ne devait pas
l'oublier.
Le reste de ses jours... il regarda de nouveau Sylvie avec un certain dégoût. Elle parlait maintenant des propos tenus par la directrice artistique d'un défilé auquel elle devait participer, lui reprochant son manque de goût quand au choix du décor qui s'assortirait très mal avec la couleur de ses cheveux. La jeune mannequin lui parût soudainement beaucoup moins belle. Il la coupa sèchement :
- Ecoute, Sylvie, j'ai eu une dure journée. J'aimerai être
seul, maintenant, si ça ne t'embête pas. On pourra se voir un autre
soir...
- Mais... protesta-t-elle, interloquée.
On devait aller au cinéma, tu te souviens ?
- On ira plus tard, répondit Marc plus calmement.
Je me sens vraiment mal.
- Mon pauvre chéri... tu as besoin de quelque chose ?
- Oui, de solitude. S'il te plait, Sylvie...
- Très bien, comme tu voudras, répliqua la jeune femme
avec un air pincé. On se voit demain pour le défilé
?
- C'était demain ? Sissi, j'ai énormément de travail en ce moment à
la PJ...
- Tu avais promis !
- Je crois qu'un serial killer a plus d'importance qu'une bande de
filles en talons défilant sur un podium.
- Marc !
- Non, vraiment, je suis désolé, mais ça ne va pas être possible.
Pour le prochain, si tu veux...
- Je porte la robe de mariée, demain.
- C'est merveilleux pour toi, ma chérie.
- Oui, c'est sûr, parce que si je ne la porte pas sur un podium, ce
n'est pas demain la veille que tu me demanderas d'en mettre une
!


























